Tutoriel Linux : TorServ le serveur web Tor qui tient dans un binaire

TorServ est un serveur web statique « durci » (hardened) qui a une particularité unique : il intègre nativement le réseau Tor et se configure tout seul pour devenir un service caché (hidden service) .

Concrètement, il vous suffit de lancer le programme dans un dossier contenant vos fichiers HTML, et en quelques secondes, votre site est accessible via une adresse en .onion​ sur le dark web, sans aucune configuration complexe.

L’objectif principal est de permettre la publication anonyme et la résistance à la censure, même dans des environnements à haut risque. Le projet est open-source et écrit en Go .

Les caractéristiques qui le rendent unique

TorServ ne se contente pas de « simplifier » la configuration d’un service Tor. Il est conçu dès le départ avec la sécurité et l’anonymat comme priorités absolues.

  • Zéro configuration : C’est sa promesse phare. L’outil contient tout le nécessaire (le binaire de Tor est inclus). On décompresse et on exécute .
  • Sécurité et anonymat avancés :
    • Aucune journalisation (No logs) : Par conception, TorServ n’enregistre aucune requête, ce qui le rend muet même en cas de compromission .
    • Pas d’exposition sur le clearnet : Le serveur web n’écoute que sur votre propre machine (127.0.0.1​). Il est donc impossible d’y accéder directement par une adresse IP classique .
    • Nettoyage des métadonnées : Il supprime automatiquement les données EXIF des images (JPEG, PNG, GIF, BMP) avant de les servir, évitant ainsi les fuites d’informations .
    • Obfuscation du trafic : Pour contrer l’analyse du trafic, il ajoute un délai aléatoire (entre 50 et 200ms) sur les réponses et uniformise la taille des paquets de données .
    • Piège à robots : Si un robot scanne votre site à la recherche de dossiers inexistants, TorServ lui renvoie lentement des données sans intérêt au lieu d’une erreur 404 classique .
    • Headers HTTP sécurisés : Il supprime les en-têtes qui pourraient fournir des informations sur le serveur (comme Date​, ETag​, Last-Modified​) .
  • Simplicité d’utilisation : Une fois lancé, le programme vous affiche directement votre nouvelle adresse .onion​. Vous n’avez rien d’autre à faire .
  • Sandboxing automatique : Si firejail​ est installé sur votre système, TorServ s’y exécutera automatiquement pour limiter les dégâts en cas de faille de sécurité .

Limitations importantes à connaître

Avant de vous lancer, il est crucial de comprendre les cas d’usage de TorServ et ses limites :

  • Contenu statique uniquement : Oubliez WordPress, PHP, bases de données ou formulaires interactifs. TorServ ne sert que des fichiers HTML, CSS, JavaScript et images .
  • Pas de support des PDF : Par mesure de sécurité (à cause des métadonnées et scripts potentiels), TorServ refuse de servir les fichiers PDF .
  • Pas de compression HTTPS/Gzip : La compression est désactivée pour prévenir certains types d’attaques (comme BREACH). Le chiffrement est de toute façon assuré par le réseau Tor .
  • Projet récent : Bien que fonctionnel, il n’a pas la maturité et la base d’utilisateurs d’un serveur comme Apache ou Nginx .

Guide d’installation et d’utilisation sur Ubuntu

  1. Téléchargez la dernière version pour Linux x86_64 (ou Raspberry Pi). Vous pouvez le faire directement depuis le site https://torserv.org/
  2. Décompressez l’archive : unzip torserv-linux-amd64.zip
  3. Placez-vous dans le bon dossier : cd TorServ (Note : le nom du dossier peut légèrement varier selon la version, mais sera similaire)

Utilisation de base

  1. Rendez le binaire exécutable (si ce n’est pas déjà fait) : chmod +x torserv
  2. Installez la librairie libevent : sudo apt install libevent-2.1-7t64
  3. Lancez TorServ : ./torserv Et c’est tout ! Le programme va démarrer, lancer Tor en arrière-plan, et vous verrez apparaître un message similaire à celui-ci dans votre terminal :
    ​http://xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx.onion​
    C’est l’adresse unique de votre nouveau site . Pour y accéder, copiez cette adresse et ouvrez-la avec le Tor Browser.
  4. Pour servir vos propres fichiers :
    Placez simplement vos fichiers HTML, images, etc., dans le sous-dossier public. Le fichier index.html​ par défaut sera à remplacer par le vôtre.

Pour une sécurité maximale : Activer Firejail

Comme recommandé par les développeurs, l’utilisation de firejail​ ajoute une couche de sandboxing supplémentaire .

  1. Installez Firejail : sudo apt update puis sudo apt install firejail
  2. Relancez TorServ :
    Il n’y a rien d’autre à faire. TorServ détectera automatiquement la présence de firejail​ et se lancera à l’intérieur. Vous verrez le message :
    ​[*] Launching inside Firejail sandbox…​

Options utiles en ligne de commande

TorServ accepte quelques options simples pour contrôler son comportement :

  • ​–new-key​ : Cette option est cruciale pour l’anonymat « jetable ». Elle force la génération d’une toute nouvelle clé cryptographique et donc d’une nouvelle adresse .onion​ à chaque démarrage. Votre site deviendra inaccessible à l’ancienne adresse. ./torserv --new-key
  • ​–no-firejail​ : Si vous avez Firejail d’installé mais que vous souhaitez désactiver le sandboxing pour une raison spécifique (par exemple, pour du débogage) .

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